Faire la part des choses…

Mai 2019, un samedi soir à Baltimore, au retour d’une séance de ciné avec une amie, nous évoquons ensemble le film qui nous a bien amusées. La conversation est animée autour du fait que mon amie n’avait pas vu la version en dessins animés de ce long métrage. Les studios hollywoodiens font un pactole énorme depuis les 25 dernières années dans la production de cartoons auxquels sont accros des enfants du monde entier. Des campagnes promotionnelles mondiales sont mises sur pied pour toucher un large public avec des produits dérivés. Le film que nous avons vu est la version cinématographique de l’histoire d’une princesse Disney. Il est plutôt réussi de notre avis et nous avons bien rigolé. Toutefois, le manque de connaissances de mon amie par rapport à la cohorte « Princesses Disney » est ce qui lance le débat. Etant donné qu’elle est mère de famille et que sa fille a de la curiosité pour le sujet, je lui dis qu’il faut qu’elle se mette à jour rapidement afin de pouvoir suivre le rythme et les requêtes de sa fille à ce propos. Toutefois, au fil de la conversation, je conviens que la connaissance de cette cohorte de « Princesses Disney », si elle peut être intéressante étant donné les produits offerts qui sont tentants pour une fillette n’est en aucun cas obligatoire ou peut être facultative en fonction du pays ou de la culture.

A mon sens j’estime qu’il faut savoir faire la part des choses et pouvoir tracer une limite même s’il ne s’agit que de jeux ou de produits pour se distraire. Ce qui me fait prendre pour exemple dans notre conversation, une situation évoquée par une autre amie, qui vit en Haïti et qui me racontait comment l’école de sa fille avait institué une journée « Personnage Disney » où il était demandé aux parents de vêtir leurs enfants comme des personnages de dessins animés ; le choix du personnage était fait au sort par l’école pour chaque enfant et envoyé aux parents, qui devaient à leur tour trouver les vêtements et accessoires correspondants afin que leurs enfants se présentent le jour indiqué dans la tenue souhaitée.

Cela pourrait sembler banal mais c’est sans compter que pour ce marché spécifique, les produits correspondants pour enfants (robes, costumes, tiares, gants, chaussures, etc.) coûtent excessivement cher en Haïti. Il s’agit de produits « de luxe » non essentiels dans une société à problèmes. On peut donc imaginer les tracas occasionnés par la recherche et l’acquisition de ces produits pour des parents qui ont d’autres priorités ou qui n’ont pas les moyens. Et comment le spectre de ne pas pouvoir tenir sa part du marché ou de présenter son rejeton sans le déguisement souhaité peut hanter une conscience vu que pareille situation engendrerait une situation très inconfortable pour l’enfant au milieu de ses camarades avec des pleurs et des séquelles sur le subconscient vu son jeune âge, mais aussi une situation inconfortable pour les parents au milieu de la société que constitue les autres parents de l’établissement et vis-à-vis de la direction de celle-ci dont l’attitude envers leur enfant pourrait se trouver modifiée, créant encore d’autres frustrations pour ne citer que cela.

Mon amie ayant reçu le billet de l’école, s’est empressée de commander le costume de sa fille sur Amazon et de chercher une âme charitable voulant bien lui rapporter le paquet au pays. Ce qui m’a permis d’avoir vent de cette histoire. Ma première réaction a été de demander comment elle avait pu accepter de l’école de sa fille une obligation pareille et si elle ou les autres parents n’avaient pas protesté. Je veux bien faire la part des choses. Il est intéressant pour une école de diversifier ses activités et j’ai bien connu de mon temps des journées récréatives dite « Journée de couleur » ou le port de l’uniforme était relaxé pour une journée. Je peux aussi comprendre que l’on veuille organiser pareille activité autour d’un thème. Mais je conçois fort mal que le thème en question n’ait absolument rien à voir avec la culture d’un pays ou aucune référence éducative pour des enfants que l’on est supposé former.

Il y a beaucoup de choses à montrer aux jeunes générations haïtiennes et il serait bon de commencer tôt à présenter des modèles haïtiens, pour permettre une identification positive de nos valeurs, pour pérenniser la mémoire de ceux qui ont contribué à notre société. L’histoire d’Haïti regorge d’exemples de femmes ou d’hommes qui ont contribué à la société haïtienne (dans  l’éducation, dans l’histoire, les arts, etc.) et qui pourraient se retrouver à l’honneur dans une journée éducative avec thème. Oui, ce sont pour des enfants en bas âge mais il faut commencer à leur présenter des modèles locaux, à attiser leur curiosité sur ces personnages de leur histoire. Ils pourront s’intéresser à eux dans quelques années et auront ainsi plus de connaissances sur leurs origines, plus de références pour leur identité. Ils pourront ainsi commencer à apprécier les différents aspects de cette mémoire de leur peuple. Il serait temps de prioriser un peu ce qui vient de chez nous plutôt que de cultiver l’attitude inverse.

Les princesses Disney font l’affaire en matière d’amusement et après un certain âge, de la recherche et beaucoup de lecture, l’on pourra éventuellement débattre de ce qu’elles représentent en matière de modèle pour la gent féminine en générale, on pourra parler des stéréotypes, de la représentation culturelle qui les accompagnent et du message qu’elles véhiculent auprès des petites filles. Mais cela ne vient qu’avec l’âge. Je suis d’avis qu’une activité récréative peut amuser mais aussi contribuer à l’éducation. Je pense que nos éducateurs devraient se pencher un peu plus sur la question et les parents de leur côté, se devraient d’évoquer ce manque et échanger des idées. Cela ne s’est peut-être jamais fait avant, et en général, les écoles se retrouvent toutes puissantes pour décider de ce qu’elles font dans leur programmation mais nous sommes à un carrefour ou il nous faut absolument réviser, revoir, et même faire un modèle d’éducation à tous les niveaux de scolarisation qui permette de former une génération de citoyens qui sera différente pour notre futur. A quand une vraie réforme du système ? A quand des consultations auprès de différents groupes sur les besoins éducatifs de la société non seulement sur le format, la durée, mais aussi le contenu et la méthodologie permettant de partager ce savoir ? Je suppose que je rêve toute éveillée mais bon il n’y a pas de mal.

3 réflexions sur « Faire la part des choses… »

  1. Tes questions sont plus que pertinentes Lady Gabe. Il ne fait plus aucun doute que nous nous somme égarés et nous avons dérivés à miĺle lieu de nos valeurs,de notre identité de peuple.Le mal aujourd’hui est fait. Le temps serait comme tu l as si bien dit à remettre nos pendules à l heure par l éducation de nos enfants, nos petite filles … avec une planification telle que tu as fini ton texte. Mais qui d’entre nous jettera la première pierre et osera aller jusqu au bout?……..et s’en suivra une chaîne de questionnement……et nous reverons encore…. et encore…

    J'aime

  2. Très bonne réflexion! C est à nous d évoluer dans nos domaines respectives et changer les choses en mettant en avant notre culture et nos valeurs et les inculquer à nos enfants. Beaucoup d’haïtiens pensent qu’ ils ont de la valeur en consommant uniquement ce qui vient de l’éxtérieur et c’est dommage!!

    Aimé par 1 personne

  3. Tres bien dir Gaby! C’est exactement mon point de vue et je le partage souvent avec ma fille en age de comprendre. Je refuse de ceder au « Peer Pressure » a chacun sa vie. Nous avons vraiment besoin de reveiller la conscience des gens sur certaines choses qui pourraient vraiment contribuer a un changement de mentalite et aboutir a une nouvelle societe.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s