Le folklore, un point de départ de l’identité

L’identité d’un individu se crée à partir des référents qu’il a de son environnement, de sa famille, de sa communauté, bref de son histoire. L’identité d’un peuple vient des référents communs du groupe. Lorsque celui-ci est composé d’entités diverses, il convient de faire la somme de ceux-ci, soit un profond travail de réflexion qui s’achève sur une entente commune autour de ce qui est accepté pour le groupe. Evidemment, cela ne diminue en rien les particularités régionales, ou détails individuels dont chacun peut s’enorgueillir de manière spécifique. Ceux-ci ne font qu’enrichir la base du groupe qui est fondamentale et commune. Celle-ci se retrouve au cœur des enseignements aux membres actuels et futurs de la communauté et constitue un patrimoine à pérenniser.

Cette base est d’abord construite avec des signes distinctifs du groupe pour son identification par exemple les limites territoriales, drapeau/hymne/emblème nationaux, la cuisine, les produits nationaux entre autres choses. Il y a aussi l’histoire vécue faite de périodes de tension ou de prospérité, de divisions ou d’alliances. Puis les croyances communes qui véhiculent des valeurs partagées par le groupe. Les croyances ne sont pas statiques et l’on peut observer dans beaucoup de pays, qu’au fil des siècles, quand elles n’ont pas été purement et simplement remplacées, elles ont subi de nombreuses modifications pour les rendre plus adaptées aux nouvelles réalités sociales.

Avec l’évolution des sociétés, l’avancement de la science et les nouvelles connaissances ou technologies acquises, il est devenu évident qu’il fallait modifier la perception sur les croyances. Certaines sociétés ont gardé la prédominance du religieux sur le civique, d’autres sont entrées dans le débat laïcité/religion pour établir une séparation entre les deux aspects. L’on retient que les croyances sont bien reconnues mais que leur place a changé dans la définition ou la prise de décision. Dans le processus de formation de l’identité communautaire, tout en faisant office de référent commun pour les origines du groupe comme une activité unificatrice ou une pratique commune, les croyances sont devenues objet de science, d’analyse, ce qui a permis de les décortiquer, de les observer de manière objective et de déterminer leur fonction, leur contribution au groupe.  

Les observations obtenues ont permis l’élaboration d’une narration sur l’histoire des peuples soit la création d’un folklore qui alimente les discussions de nature anthropologique ou sociologique sur les origines d’une communauté. Ce folklore est également source d’inspiration historique et artistique sous plusieurs formes. Les histoires des dieux nordiques (Odin ou Thor) ou ceux de l’Olympe (Zeus ou Hèraklès) sont autant de représentation de ces fonds folkloriques qui ont permis l’essor de différentes formes d’art (peinture, sculpture, architecture, danse, littérature, etc.) dans les pays d’Europe. Les légendes du panthéon égyptien alimentent encore bien des aspects de la littérature ou du septième art. Malgré un immense silence autour des croyances des tribus africaines dû en partie à la tradition orale dans beaucoup de pays du continent, l’on retrouve peu à peu aujourd’hui les riches éléments de ces cultures.

Je rêve d’une trajectoire semblable pour le vaudou haïtien soit un processus qui permettrait de l’analyser, de faire la part du réel et de l’imaginaire, de faire la différence entre ce qui est folklorique pour les besoins de l’histoire, de la littérature, des arts, et ce qui est croyance ou pratique religieuse pour les initiés. J’aurais cru que les réflexions d’ordre universitaire à la Faculté d’Ethnologie étaient de ce niveau ou devraient contribuer à un processus tel que celui-ci mais je n’ai jamais vu une publication de cette Faculté ou le produit d’une réflexion similaire par un sociologue ou un anthropologue visant à lancer un tel débat. Plutôt qu’une chasse aux sorcières désuète pour des croyances qualifiées de rétrogrades mais qui font partie intégrante de l’histoire et du patrimoine haïtien, une réflexion à ce niveau serait plutôt logique et moderne. Cela produirait un sommaire d’observations que l’on pourrait inclure dans l’éducation, le tourisme, qui pourrait enrichir les différentes formes de la culture, et même contribuer à l’économie. Cela permettrait avant tout de renforcer le fond identitaire de l’Haïtien.

Il y a bien sûr l’aspect émotionnel dans la relation avec les croyances qui se traduit de différentes manières : les croyances constituent une assurance sur les liens avec le groupe renforçant l’identité ; elles engendrent un fanatisme pour certains qui se laissent mener par le merveilleux des légendes sans porter un regard objectif sur leur contexte ou leur fonction ; elles peuvent être une source de réconfort dans le quotidien pour beaucoup faisant office de conduit pour expliquer ce qui ne semble avoir aucune explication. La relation émotionnelle intervient dans le cadre d’une recherche d’un idéal ou d’une quête pour l’humain. Toutefois il convient de faire la part des choses et de comprendre le processus d’observation et d’analyse des croyances dans ce qu’il contribue à créer le fonds commun identitaire. En tant que tel, il requiert l’organisation d’une réflexion scientifique, normative, objective, comme ce fut le cas dans beaucoup de cultures, pour parvenir à l’élaboration d’un patrimoine identitaire à préserver et à transmettre sans considération ou partisannerie.

Les réactions individuelles par rapport à ce patrimoine, en fonction de la foi ou des activités, sont des décisions personnelles mais ne doivent en aucun cas conduire à supprimer ou à mettre de côté les connaissances, les réflexions, les recherches, les opportunités, l’inspiration que celui-ci peut engendrer dans beaucoup de secteurs de la vie communautaire. J’ose croire qu’il soit possible à un moment de l’histoire d’Haiti d’entamer un tel processus. Ce serait un pas dans l’identification et la modernisation du patrimoine haïtien dans un contexte mondial où nous n’avons aucune représentation car nous ne savons pas ce que nous avons puisque nous n’avons pas pris le temps de l’identifier, de l’étudier, de le mettre en valeur. Une tâche de plus dans la liste de toutes celles à accomplir.

5 réflexions sur « Le folklore, un point de départ de l’identité »

  1. Le folklore est partout comme il a été si bien exprimé dans le texte comme point de départ de l’identité, mais la forte tradition orale qui existe dans notre quotidien en tant que peuple, fait obstacle aux travaux de recherche scientifique élaboré par des professionnels et intellectuels défendant et promouvant les éléments culturels de cette nation.

    A titre d’exemple, j’ai suivi un cours de percussion (tambour) et mon professeur, le « samba Zao » avait élaboré des notes à notre intention qui étaient d’une compréhension extraordinaire.

    Alors qu’il y a toujours de nos jours, des tambourineurs qui apprennent à jouer sans la lecture de notes, juste en écoutant leurs prédécesseurs.

    J'aime

    1. Tu me rejoins. Cette tradition orale comme tu dis nous a privés de beaucoup de choses dans notre culture. Ton professeur en elaborant des notes a commencé un travail qui peut servir a d autres fins: analyse des rythmes, points communs et differences avec d autres cultures, analyse de technique, transmission de savoir, analyse des origines du savoir lie au tambour, comment le moderniser, comment mieux l integrer dans beaucoup d aspects de la vie nationale: enseignement, Tourisme, economie, etc.

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s