La reforme

Nous parlons de changement, mais encore faut-il qu’il y ait une entente, un compromis, une mise en commun autour de tout ce qui doit être changé, amendé, mis à jour, effacé, renouvelé ou même créé dans une société ou certaines choses sont à refaire, tandis que beaucoup d’autres sont encore inexistantes, donc à réaliser.

Repenser une éducation pour un apprentissage avec des sujets à jour, mais avec une méthode plus adaptée au temps, à la technologie. Une éducation citoyenne avec des valeurs, des principes, qui ne seraient pas seulement de la théorie mais aussi la pratique quotidienne de ceux qui font figure d’exemples. Car ce sont les gestes qui restent le mieux.

Une éducation plus pratique, pour utiliser son cerveau, ses mains, sans fantasmer sur des secteurs économiques ou professionnels particuliers et en négliger d’autres, car ils sont facteurs de la création de castes et de factions qui divisent plus que tout autre chose. Une éducation qui reconnaît les valeurs de chacun et leurs apports au bien commun.

Une éducation où l’élève pense par lui-même, fait des recherches, découvre le monde qui l’entoure ou celui dont il a les échos, par des visites, dans ses travaux de laboratoires, dans les exposés, les projets qu’il prépare, dans les échanges interscolaires et interdépartementaux.

Eduquer ne se résume pas au simple enseignement scolaire. Il s’agit d’établir un climat de dialogue, d’échanges et d’interactions. Non pas la perpétuation de schéma classique du maître qui parle et dont on absorbe le savoir sans aucune question. Plutôt installer un espace de discussion où les frontières du connu sont remises en cause afin de prévoir les fluctuations à venir et mieux s’y préparer, plutôt que laisser venir et subir.

Il ne s’agit pas de laisser pencher la balance du côté des écoles. L’éducation se fait en grande partie au foyer. Favoriser l’expression de soi dans les familles, promulguer le sens des responsabilités, de l’indépendance, de l’expérimentation, plutôt que le patronage, la paresse pour perpétuer des valeurs obsolètes, masochistes, facteurs de tabous et de frustrations.

Il ne s’agit pas seulement de revisiter le secteur dans sa dimension académique mais aussi dans une plus large perspective. Dans un contexte de reconstruction sociale, il s’agit d’identifier les contributions que le secteur éducatif (professeurs, étudiants, écoliers) peut apporter à la société que l’on veut avoir.

Le recensement des ressources du pays fait cruellement défaut à tous les niveaux et l’on est à cours de données. Les universitaires, les lycéens ou élèves du second cycle d’un certain niveau peuvent y contribuer. A côté d’un travail immense pour lequel le pays souffre d’un immense retard, c’est un ensemble d’expériences, à caractère civique, professionnelle, très enrichissantes qui peuvent déboucher sur le développement d’autres secteurs d’activités pour le futur.

Lorsque je vois la perception et l’image de nos écoliers ou universitaires d’aujourd’hui, je m’interroge sur la représentation de ce qui se veut le futur de la nation, une génération de futurs dirigeants, de leaders à venir. Il y a grand besoin d’une certaine forme de service social et citoyen tirant modèle sur le concept du service militaire.

Les organismes d’enseignements (écoles, universités) sont censés être des espaces de réflexion et de recherches, mais notre réalité en ont fait des repères pour le recrutement des mouvements de désobéissance civile ou de violence où des jeunes à la dérive se font enrôler, manipuler, instrumentaliser pour fomenter des crises politiques. Nos jeunes n’ont aucune directive adéquate sur le rôle qu’ils devraient jouer  ou sur comment ils devraient contribuer à faire évoluer le dialogue au sein de la société.

Sans méconnaître leurs droits et leurs voix pour porter des revendications qui les touchent, les moyens pour faire valoir celles-ci sont dénaturés et n’ont plus rien à voir avec un esprit de culture, de connaissance, d’expression, de réflexion, de civilisation. Il n’y a plus que le bruit et le tapage. A croire que deux siècles n’ont pas passés et que nous n’avons toujours rien appris.

Eduquer, éduquer, éduquer. Il y a tellement à faire…

 

 

Un mal, des maux….

Il est de ces maux dont il est difficile de se départir. L’on peut certes chercher un nouveau départ et il y a plusieurs manières d’entamer celui-ci: pour certains couper les ponts, faire table rase. Pour d’autres, faire la paix avec soi-même. Pour d’autres encore, se faire le rédempteur des autres, Dans cette optique, il est intéressant d’observer une certaine chasse aux sorcières qui semble  traverser les sociétés autour de la question des agressions sexuelles.

Il y a une certaine promptude à pointer du doigt, à dénoncer l’autre, mais cela voudrait-il dire que l’on pose les bonnes questions. Il y a tellement de secrets de polichinelles, d’histoires cachées par la force des intérêts communs. Peut-on vraiment jouer à la surprise, à l’indignation, aux âmes vertueuses ou au bras vengeur de la justice? C’est peut-être vrai pour certains, pour d’autres, c’est le dévoilement d’une vérité qu’ils savaient exister mais dont ils ne connaissaient pas tous les details ou qu’ils ont préféré ignorer, pour ne pas réveiller les squelettes oubliés de leurs propres placards ou revivre certains cauchemars enfouis.

De fait, il y a les hauts cris hypocrites qui réclament la honte et la destitution sociale pour les coupables, mais ira-t-on vraiment au fond du problème? Est-ce qu’il y a une vraie volonté d’adresser la cause profonde de ce mal? Sans vouloir être défaitiste, à force de se baigner dans la boue, on finit par transpirer la puanteur. Celle-ci se cultive et s’immisce partout, ce qui la rend difficile à éliminer. Elle devient pratiquement le parfum naturel qui suinte de nos pores.

Force est de reconnaître que ce mal est admis officieusement dans nos sociétés sous couvert de machisme, des attributs de pouvoir et de l’esprit de domination qui l’accompagne. Ironiquement, l’excuse utilisée pour la justifier, celle de la provocation et de la luxure, ne fait qu’admettre involontairement une faiblesse que l’on refuse d’avouer.

L’homme prétend avoir évolué et se distinguer de l’animal par la force de sa volonté, mais cette pratique est plutôt synonyme d’une régression vers le stade de la bête, celle qui couve en lui et qui semble diriger ses trajectoires, ses décisions. De manière involontaire, le penchant du coupable à cacher ses agissements démontre une rupture avec la théorie de société.

L’évolution du modèle occidental en théorie, reconnait la parité, la complémentarité, et la liberté des sexes et des rôles. Elle se veut le champion d’une nouvelle vision du genre humain qui reconnait les droits de chacun. Ce que le viol expose dans la vérité de son accomplissement, c’est que la réalité est bien loin de la théorie et qu’il y aurait encore beaucoup à faire.

Celui ou celle qui commet ces actes, n’admet pas que ce comportement n’est pas de mise et que sa volonté et son pouvoir, aussi étendus qu’ils puissent être,  ne peuvent être imposés à un autre être. C’est un refus d’accepter que cet autre puisse avoir ses propres envies, puisse refuser de se soumettre au sien, ou que son pouvoir ne puisse s’étendre à modifier les désirs de l’autre, que celui-ci n’est pas forcément un reflet ou une extension de soi-même. C’est tout simplement un déni de l’autre.

A la mesure des découvertes ou des dénonciations autour du sujet, l’on ne fait qu’exposer l’étendue de ce mal qui fait office de parasite chez les anciens, d’un mal qui ronge la génération présente, d’une ombre qui pèse sur le devenir des générations futures si l’on ne s’attaque pas aux racines du mal sous toutes ses facettes.

 

 

 

Le choc des cultures

Les lignes de quelques amies sur les réseaux sociaux réveillent mes pensées sur plusieurs notions ainsi que les sentiments qu’elles font naître chez nous en tant qu’être individuel ou pris dans un collectif particulier.  Dans le monde qui nous entoure, la notion du radicalisme semble être la nouvelle vague dominante dans les relations humaines. Tant au niveau des peuples que celui des individus, on constate un nouveau positionnement par rapport aux différences, comme pour une affirmation de soi, de ses valeurs.

Il y a pourtant plusieurs manières de voir. Avec la globalisation, l’ouverture des frontières, la forte migration pour des raisons économiques ou des crises politiques ou sociales, il est inévitable que le choc des cultures soit parfois brutal. Les réactions sont diverses, les impressions vives ou diffuses en fonction des états d’esprits.

Radicalisme, pour celui qui refuse la nouveauté, et soupire après l’ordre établi, la séparation nette des différentes communautés. « Chacun son cheptel et que l’on y reste ». Radicalisme également pour celui qui s’établit dans une nouvelle société et sous couvert de ne pas rejeter ses valeurs religieuses ou culturelles, critiquent celles d’un autre en les assimilant au mal. C’est dans l’endoctrinement, l’absence de tolérance et d’ouverture d’esprit que le fanatisme naît et qu’il a pu affecter l’histoire du monde au cours des siècles par des guerres interminables.

Acculturation, pour celui qui se jette à corps perdu dans un nouvel environnement dont il veut promouvoir les valeurs, oublieux de ses propres traditions, rejetant une réalité douloureuse qu’il a fuit. Elle peut également se manifester par l’appropriation d’une autre culture au détriment de la sienne même sans changer de territoire. Comme une assimilation successive de valeurs étrangères au mépris de traditions ancestrales jugées obsolètes. D’autres parlent d’appropriation de culture, lorsque les référents d’une culture sont utilisés par certains qui n’ont aucun lien avec son histoire. L’on peut certes avoir un oeil moderne sur les croyances du passé mais cela ne peut empêcher d’en conserver l’héritage symbolique et culturel.

Intégration, c’est bien l’objectif des autorités hôtes envers ceux qu’elles invitent à joindre leurs sociétés pour y contribuer, et aussi le rêve de ceux qui veulent trouver une place où leurs richesses de toutes sortes seront appréciés à leur juste valeur. C’est le concept de la création de liens, de s’insérer dans la communauté, d’en faire partie qui est une réponse à la dimension sociale de l’individu.

En tout et pour tout, les nouvelles réalités mondiales exigent un changement de mentalités.  La rencontre des civilisations et des peuples ne peut se faire sans une certaine ouverture d’esprit. Celle-ci se prépare, elle est faite du respect de toutes les cultures sans classification ou compétition et ne peut être imposée.

Radicalisme, acculturation, intégration, autant de concepts pour définir nos positions, qui parfois négligent notre dimension humaine et celle de nos vis-à-vis. Il y a bien sûr le respect de l’autre qui peut contribuer à apaiser les malaises mais il faut bien se rendre à l’évidence que cela ne suffit pas car nous n’avons pas les mêmes objectifs.

Comment apprendre à composer avec une nouvelle réalité? Il y aura toujours des différences ou des rencontres, parfois de l’acceptation, d’autres fois du rejet. Autant d’interactions qui auront un effet sur nous en tant d’individus et qui façonneront notre manière d’aborder le futur et de communiquer avec les autres .

Le choc des cultures, un autre chemin d’apprentissage à l’école de la vie. Mais aussi la réalisation que nous sommes bien loin de cette idée de village immense et ouvert et qu’il y a encore beaucoup à faire pour un meilleur dialogue.

Dissonnances, ressemblances…

De plus en plus l’on entend parler des différences de cultures, d’éducation, d’idéologies. Dans les conflits politiques, ou dans les relations économiques, il est de mise de différencier les partis en présence par des appellations diverses, visant à singulariser, à distinguer les caractéristiques des pays, des gens, des peuples.

Il y a donc les « pays du nord » par opposition à ceux « du sud », les « pays occidentaux » d’un côté et les « pays orientaux » d’un autre, les pays « capitalistes » et ceux « communistes », puis avec la montée d’attaques diverses  est apparue l’appellation des « pays musulmans », par opposition à « l’occident chrétien ». Cette prolifération d’étiquettes ne fait que traduire un besoin sans cesse croissant de souligner les différences, la distance que nous pensons exister entre les peuples.

Sommes-nous donc si différents? En quoi la quête quotidienne du repas familial est différente pour une famille indigène du Guatemala ou du Salvador, d’une tribu du Kenya, ou encore d’un conté d’Alabama aux Etats-Unis, ou d’un canton de la Chine?  N’est-ce pas la survie, la satisfaction des mêmes besoins primaires de l’individu?

Les inquiétudes d’une adolescente de Syrie, d’Afghanistan, de Côte d’Ivoire, de Cuba, de Montréal peuvent sembler différentes à priori, mais à la réflexion, elles sont surtout l’expression des peurs et des craintes d’un être en développement qui s’interroge sur quoi penser, comment se positionner, comment réagir face aux agressions, aux violences de son environnement par rapport à son sexe et comment les concilier avec ses aspirations profondes et sa culture?

Les attentes, pulsions d’une jeune femme d’Arabie Saoudite, d’Haïti, de Vancouver, de Guinée, ou de Russie ne semblent pas si disparates lorsque dans l’intimité de leur conscience, elles se laissent aller à rêver à l’assouvissement de leurs désirs, leurs fantasmes, et veulent une certaine compréhension de leur entourage, de leur partenaire.

Dans un pays ravagé par la guerre ou affecté par le racisme, contrôlé par des cartels de drogue, où la justice est minée par la corruption et où le banditisme fait loi sous couvert d’impunité, les inquiétudes d’un père pour la sécurité des siens, ne me paraissent pas être issues de différents soucis. Elles sont plutôt motivées par le sens des responsabilités et le sentiment d’affection filiale qui les unit naturellement.

Nous parlons beaucoup de différences, sans voir plus loin, qu’elles sont parfois plutôt les expressions de nos ressemblances, comme celle de vouloir vivre librement notre foi, peu importe notre appartenance religieuse. Il suffit juste de trouver la bonne mesure et d’appliquer le respect de l’autre et de ses choix dans la même optique que l’on veut qu’elle nous soit appliquée.

Certes, le niveau économique et les réalités culturelles peuvent être différents mais l’objectif reste le même, le type de réflexion est pareil. Ce sont les résultats et les priorités qui diffèrent car nos peuples sont à des points différents de leur histoire et ne peuvent être comparés malgré notre entêtement à vouloir tout assimiler et tout évaluer avec la même échelle.

Dissonnances, ressemblances… un fossé, un pont. De quoi parlons nous? Au final nous sommes tous des êtres humains….

 

Opportun, Opportunite, Opportuniste

Il ne faut jamais croire tout ce que l’on voit. Dans la majorité des cas, il y a des raisons profondes et inconnues qui motivent les actes même les plus innocents. Cela est vrai dans bien des aspects de la vie.  S’il fut un temps où l’on pouvait parler de bonne conscience, de morale ou d’abnégation, celui-ci est bien révolu.

L’homme aux abords du pouvoir, n’est pas l’homme au pouvoir. Il est malheureux que nous n’ayons pas appris à faire certaines distinctions chez nous puis chez les autres. Plutôt que de tout voir avec émotion, nous devrions apprendre à être plus pragmatique et logique dans les décisions ou les réactions qui affectent notre quotidien.

A force de répéter certaines erreurs, certaines tendent à devenir une sorte de malédiction que l’on a peine à briser le cycle. La simple sagesse demande que l’on sache reconnaître les moments opportuns pour une intervention, une parole, un geste. Il y a bien un code du vivre ensemble et savoir à quels moments dire ou faire ne relève pas de la chance mais plutôt de savoir reconnaître une opportunité.

Il y a un moment pour chaque chose et chaque chose en son temps. Savoir créer des opportunités et s’en servir est de nos jours considéré comme une qualité pour un être de succès. Ce qui n’est pas un problème en soi. Cette perspective évolue seulement si ce mouvement ne part pas d’un bon sentiment et vient plutôt d’un état d’esprit foncièrement opportuniste.

Que l’on ne s’y méprenne pas, l’opportunisme n’a rien de mal, du moment que l’on n’y rattache pas à tous les coups une vision égoïste et sournoise sous le couvert d’une main secourable et de paroles mielleuses et hypocrites. Il y a malheureusement une fine frontière entre la vision d’un esprit pratique et la ruse d’un esprit tortueux.

Chez nous, la maxime: « Imbecil ki bay, sot ki pa pran » devient de plus en plus présente et marque de la qualité d’un opportun que l’on a su saisir et tirer profit. C’est bien le signe de l’évolution des consciences à l’image occidentale et le recul de la limite entre la balance des intérêts du « je » et celui du collectif.

Il est loin le temps du « Pour le drapeau, pour la patrie, mourir est beau… »

 

Entre l’enclume et le marteau…

Entre deux mouvements de protestation qui dégénèrent de manière inévitable et en considérant les positions radicalisées pour certains ou conciliantes des autres, que penser du tableau offert par la classe politique dont nous avons héritée après Duvalier? Le dialogue est brandi de part et d’autre comme une arme plutôt qu’un outil pour obtenir le compromis, la paix et le climat de sérénité nécessaire pour un embryon de prospérité ou plutôt pour jeter les bases d’une véritable réforme économique, institutionnelle et sociale. Tout en le souhaitant, il faut être également assez lucide pour saisir les nuances.

Parle-t-on d’un dialogue de sourds, où chacun prétend chercher à joindre l’autre pour avancer ensemble mais en voulant imposer sa propre vision, ou plutôt faire consacrer son autorité en ne reconnaissant pas à l’autre une voix, une opinion ou le symbolisme de ce qu’il représente?  Ou bien serait-ce un jeu de mots, fait de sous-entendus et de non-dits, où les échanges verbaux sont ajustés par les négociations à porte close pour garantir la survie et l’alignement opportuniste dont beaucoup ont su faire preuve depuis combien d’années en surfant sur la vague pour se maintenir en place et en jouant sur les humeurs et priorités du moment? Peut être s’agit-il d’un non dialogue, où chacun se reconnaît coq de sa basse-cour, héros vivant capable à lui seul d’apporter le changement, la révolution et le progrès souhaités par tous, seul autorité savante dont il faut accepter le savoir?

Les batailles qui ont conduit à l’indépendance ont montré la nécessité d’une union autour d’une cause commune, mais elles ne nous ont pas appris le dialogue. Entre convaincre un allié d’une situation qui nécessite de faire cause commune et construire une société de principes respectés par tous autour d’objectifs définis en commun, il y a un long chemin. Notre éducation ne nous incite pas à discuter avec l’autre, mais à évoluer dans notre propre bulle et à être des stars en solo. Nos équipes sont construites autour de chefs dont la vision est imposée mais non construite par l’écoute de tous les membres du collectif pour une vision intégrée. Nos leaders n’écoutent pas, ils s’imposent comme un dieu incarné dont la parole doit faire loi et qui n’acceptent aucune compétition ni aucune défaite.

En cas de désaccords, nous ne cherchons pas l’entente, nous préférons la séparation pour former notre propre équipe ou dans un cas extrême, nous détruisons. Combien d’exemples de ce comportement individualiste  retrouvons nous aussi bien dans les écoles et les églises qui sont des institutions qui contribuent largement à former le fond des valeurs des individus dans la société haïtienne ? Ou encore dans nos structures politiques où l’appât du gain et le manque d’écoute cause une démultiplication de partis n’ayant aucune base ou aucune assise auprès de la population dont ils prétendent vouloir représenter les idéaux?

Entre l’enclume et le marteau, ne sachant plus à qui donner la palme de modèle à suivre, le citoyen moyen ne peut se résoudre qu’à une seule issue, celle de la survie. Plutôt que de remettre la direction de son destin à des structures vides de sens, il ne se remet qu’à ses propres forces et ce qu’il peut obtenir lui-même par son travail, ses contacts, etc. A côté du taux d’analphabétisme, du manque d’accès aux services, c’est bien ce qui peut expliquer le manque d’implication dans la vie nationale et le detachement de la chose commune. Entre l’enclume et le marteau, il ne reste plus à choisir que le vide….

Culture de l’apparence

Trait social? Héritage colonial? Reflet de notre modernité nouvellement acquise? Comment comprendre notre culture de l’apparence qui semble si bien imbriquée dans notre quotidien, comme une seconde peau, une sorte de réflexe automatique, un naturel qui revient sans cesse au galop?

Elle se traduit par une nouvelle forme de popularité. La recherche du scoop du siècle, de faire le plus de bruit, de se faire voir, en bien ou en mal, qu’importe, l’essentiel c’est de voir, d’être vu, de s’assurer d’un public, d’une critique. Il y a les tendances du moment, mais la course est à qui sera le plus dans le vent.

La culture de l’apparence rime avec la disjonction du discours et des actions, où il n’y a que de la mise en scène. En musique, on a des mélodies sans textes valables, supportées par des images obscènes et sans aucune connection. En éducation, les valeurs et principes sont enseignées comme des contes ou légendes archaïques qui n’ont rien à voir avec les réalités présentes.

Les politiciens s’en donnent à coeur joie, faisant des promesses par monts et par vaux. Il ne s’agit que de saupoudrage sans aller au fond des problèmes véritables. La société pousse des hauts cris mais ceux-ci ne sont que pour la forme. Aucun suivi, aucune poursuite, aucune rétribution, rien ne tient la route, faute de vision ou plutôt de fond.

Chacun tient son rôle et une fois la représentation finie, le rideau tombe et les acteurs retournent à leurs loges: les têtes d’affiches sous les vivats, le chef d’orchestre sous les félicitations, les figurants avec le sentiment d’avoir fait ce qu’on attendait d’eux, le public sous les impressions de la pièce. L’on est loin de la compréhension classique du théâtre où celui-ci pouvait de facto provoquer un changement de paradigme.

La culture de l’apparence rime avec les feux de la rampe, pour garder un protocole et tenir un rang. Elle s’allie avec des idéaux obsolètes qui n’ont aucune prise sur le présent. Mais l’on est bien trop confortable ou apeuré pour les remettre en question. On se laisse donc corrompre ou l’on tire son épingle du jeu, portant ses pénates ailleurs.

Comment avons-nous pu en arriver-là? Mais surtout comment arrêter la spirale et reprendre pied dans la réalité? Nul indice sur une possible sortie. Faut-il donc s’y complaire et laisser couler? En attendant une nouvelle évolution de la pensée sociale ou un réveil des consciences, nous sommes tous des moines désignés à la cure mais dont les habits n’aident pas à reconnaître les affiliations.

L’apparence….